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NAISSANCE
DE L'UNION CALEDONIENNE, PREMIER PARTI POLITIQUE DE NOUVELLE-CALEDONIE
( 1953 - 1956 ) |
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Le mouvement d’Union
Calédonienne rassemble le premier congrès
de sa longue histoire, les 12 et 13 mai 1956 sur la propriété
du Sénateur Armand OHLEN à la vallée
des colons, à Nouméa. S’y retrouvent
125 délégués de 33 délégations
régionales représentants les organisations
de base du mouvement déjà implantées
sur la « Grande Terre » et aux Iles LOYAUTE.
Cette date de « mise en conformité statutaire
» n’est pas à proprement parler, le certificat
de naissance de l’Union Calédonienne, mais
plutôt la preuve d’une certaine majorité
et maturité politiques. La naissance de l’U.C
ne s’est pas faite en un jour, mais sur une période
de quatre années entre 1953 et 1956, marquée
chacune par des efforts progressifs et modernes en vue de
la consolidation de l’édifice à venir.
En février 1953, le mandat des conseillers généraux
arrive définitivement à expiration suite à
son prolongement décidé en 1952. Maurice LENORMAND,
député de la Nouvelle-Calédonie et
dépendances et des ressortissants français
des Nouvelles-Hébrides, s’associe à
des personnalités calédoniennes (Pierre BERGES,
Georges NEWLAND, Louis ESCHEMBRENNER ,….), en vue
des prochaines élections.
Les listes d’Union Calédonienne créées
pour l’occasion, remportent tous les sièges
à pourvoir dans trois des cinq circonscriptions électorales
du territoire, s’assurant une majorité confortable
avec 15 sièges sur 25.
Cette élection permet pour la première fois,
depuis la création du Conseil Général
en 1885, l’entrée dans la plus haute institution
calédonienne de l’époque, de neuf élus
mélanésiens tous placés sous la bannière
de l’U.C et issus pour la plupart, des bureaux exécutifs
des associations religieuses (l’AICLF protestante
et l’UICALO catholique) créées en 1946-47.
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Pour mémoire ces élus
étaient : |
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Roch PIDJOT, Kowi BOUILLANT, Doui Matayo WETTA,
Matéo ARIPOINDI, Elia THIDJINE, Luther ENOKA, James
HAEWENG, Michel KAUMA et Raphaël BOUANAOUE
L’un des principaux mérites des
deux associations socio-confessionnelles est d’avoir
formé des cadres qui devaient immanquablement prendre
un jour où l’autre leur part de responsabilité
au sein du premier mouvement politique qui serait disposé
à les reconnaître et à les accueillir
afin de participer activement à la gestion des
affaires publiques.
Au cours des années suivantes sont créés
: « l’Avenir Calédonien », le
journal de liaison et d’information du Mouvement,
dont le premier numéro paraît le 11 décembre
1954, ronéotypé et distribué sur
tout le territoire calédonien ; des signes et des
éléments de reconnaissance et d’adhésion
comme l’emblème stylisé du notou établi
par Michel LABLAIS, peintre et dessinateur né en
1925 à Houilles dans les Yvelines et rencontré
par Maurice LENORMAND aux Nouvelles-Hébrides ;
la fameuse devise du parti : « Deux couleurs mais
un seul peuple », qui perdra peu à peu sa
conjonction de coordination ; le drapeau (une croix verte
sur fond orange) et l’adoption de la croix verte
des pharmaciens comme signe distinctif sur le matériel
traditionnel de la propagande électorale (affiche,
bulletin de vote, profession de foi, tract).
L’Union Calédonienne se donne donc les moyens
d’être connue et surtout reconnue.
Les statuts de l’U.C, son règlement intérieur
et l’organigramme de ses premiers cadres sont établis
consécutivement à son premier congrès.
L’installation des sections locales a été
réalisée sur une longue période de
6 ans (1953-1958), laissant ainsi le temps à son
fondateur, accompagné de son équipe dirigeante,
de rendre visite à toutes les tribus de Nouvelle-Calédonie
afin d’y installer une section locale du Mouvement
(sauf une seule tribu à cause de son isolement
: OUAYAGUETTE, dans la haute vallée de Hienghène
à plus de trois heures de cheval de la route côtière).
C’est donc un maillage très serré
qui est mis en place pour rassembler la population mélanésienne
et européenne et ses milliers d’électeurs
potentiels qui allaient ainsi assurer à l’U.C
une prépondérance électorale pendant
près de vingt-cinq ans. Les tribus ne sont pas
les seules à être visitées, les villages
européens des deux côtes de la Grande Terre
auront également leur section locale, tout comme
certains quartiers de Nouméa.
En 1956, le Mouvement d’Union Calédonienne
s’affirme déjà comme une grosse structure,
d’où la nécessité de la régir
par des formes modernes d’organisation et de fonctionnement.
L’intérêt étant avant tout d’établir
un réseau, de lancer sur l’ensemble du territoire,
un filet à petites mailles qui ne laisse échapper
aucun espace géographique, tribu, district coutumier,
village, quartier ou chef-lieu, afin de ne laisser aucun
néo-calédonien en marge des idées
politiques de cette structure qui se veut avant tout,
un mouvement de masse.
Les statuts du mouvement sont présentés
et approuvés lors du premier congrès de
1956. Ils se composent de 21 articles répartis
en six parties concernant toutes les facettes de l’organisation
du mouvement.
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L’article
2 présente la finalité du Mouvement en ces
termes :
« Le Mouvement
a pour but la poursuite de l’action politique, économique,
sociale et culturelle […] en vue d’atteindre
comme objectifs fondamentaux : le développement économique
et le progrès social de la Nouvelle –Calédonie
au profit du plus grand nombre de ses habitants ; la primauté
des intérêts de la Nouvelle-Calédonie
dans l’utilisation des ressources calédoniennes
; des institutions territoriales et un statut organique
permettant à la Nouvelle-Calédonie de garantir
effectivement sa primauté et d’exercer réellement
la liberté constitutionnelle de s’administrer
elle-même et de gérer démocratiquement
ses propres affaires………… ; le Mouvement
vise également à faire assumer le respect
des droits et des devoirs du citoyen et l’égal
accès aux fonctions publiques et aux responsabilités
[ …], en faisant œuvre d’éducation
civique et de formation politique ».
Les objectifs de l’U.C ont indéniablement
un contenu généreux et progressiste auxquels
adhèrent de plus en plus de Calédoniens. Le
chapitre sur l’organisation et l’administration
du Mouvement précise entre les principales instances
pyramidales de la structure politique notamment, le congrès
territorial, le comité directeur, la commission exécutive
et les commissions périphériques, administrative
et financière, disciplinaire ou de vigilance. Ainsi
s’organise le cadre strictement statutaire du Mouvement
auquel s’ajoute le règlement intérieur
qui régit, dans le moindre détail son fonctionnement.
En 1958, le Mouvement d’Union Calédonienne
totalise 603 responsables dans 297 sections de bases réparties
dans 58 districts coutumiers et 30 collectivités
municipales. Les sections comptent plusieurs dizaines de
membres chacune. L’U.C regroupe alors environ 6.000
membres. Ce qui en fait la première force politique
calédonienne.
L’analyse de l’implantation géographique
et de la composition ethnique et sociale des sections de
bases démontre le caractère territorial, multiculturel
et fédérateur de l’organisation politique.
L’U.C existe alors bel et bien et se renforce à
la faveur des scrutins municipaux, territoriaux et nationaux,
lui laissant une marge de manœuvre confortable dans
la gestion des affaires publiques et dans l’accomplissement
de son œuvre politique.
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C’est
ainsi que l’U.C débute une longue série
de succès électoraux.
Le 10 octobre 1953, Pierre BERGES, président
du Conseil Général devient membre de l’Assemblée
de l’Union Française.
Le 10 octobre 1954, avec 7.195 voix, l’Union
Calédonienne remporte 15 des 29 commissions municipales,
ce qui lui ouvre logiquement les portes du Sénat
où Armand OHLEN est élu le 19 juin 1955, avant
que Maurice LENORMAND ne soit réélu député
le 08 janvier 1956.
Le Mouvement d’Union Calédonienne
contrôle alors l’échelon local et territorial,
et est présent dans les institutions nationales représentatives.
En l’espace de 25 ans (1953-1977), ce que certains
ont appelé « le long règne de l’Union
Calédonienne » a été marqué
par un très important travail politique élargi
sur plusieurs niveaux : national, territorial et local,
au Palais BOURBON puis au Conseil Général
et à l’Assemblée territoriale et dans
les instances du Mouvement.
Au niveau législatif et national tout d’abord.
De 1951à 1976, la Nouvelle-Calédonie possède
un seul député à l’Assemblée
nationale, siège occupé sans discontinuité
par Maurice LENORMAND (1951-1964) et Roch PIDJOT (1965-1986),
deux figures emblématiques du Mouvement.
Les députés calédoniens de l’Union
Calédonienne ont accompli avec passion et sagesse
un travail parlementaire conséquent, participant
activement aux débats, discussions et propositions
de loi visant l’Outre-Mer français en général
et la Nouvelle-Calédonie en particulier, dans des
domaines aussi variés que l’économie,
les institutions, le social ou encore les grands problèmes
de société, prenant à bras le corps
la mission pour laquelle ils avaient été élus.
On se souviendra pour mémoire, des combats et des
interventions de LENORMAND sur le collège électoral
unique ou sur l’élaboration préalable
au vote de la loi-cadre DEFFERRE sur la décolonisation
progressive des colonies françaises et son application
à la Nouvelle-Calédonie ; et sur les prises
de position et le projet de loi du député
PIDJOT sur la nécessaire évolution du statut
calédonien au milieu des années 70 et les
prises de positions relatives à la revendication
d’indépendance après 1977.
Les deux députés U.C représentants
de la majorité de l’électorat calédonien
ont porté haut et obéissent au fameux «
vote du crayon » brandi par Maurice LENORMAND, forts
de la voix et des idées de leur mouvement politique,
tant auprès de leurs collègues, que des ministres
et secrétaires d’Etat à la France d’Outre-Mer
et aux DOM-TOM, qu’à l’adresse des présidents
de la République française rencontrés.
Participant ainsi à la vie parlementaire de l’ensemble
français sous les IVème et Vème Républiques,
ils ont noué des relations privilégiées
avec les députés SEDAR SENGHOR, LAMINE GUEYE,
HOUPHOUËT-BOIGNY et bien d’autres, représentants
éclairés des colonies françaises d’Afrique
et acteurs de leur propre décolonisation dont certains
deviendront après 1960, Présidents des Républiques
de Côte d’Ivoire et du Sénégal.
Ils ont rencontré tous les grands acteurs politiques
métropolitains de la période, au premier plan
desquels, les DE GAULLE, POMPIDOU, GISCARD et MITTERAND,
martelant à chaque occasion l’intérêt
des populations calédoniennes et la volonté
de plus d’autonomie de gestion, comme de décision.
Au niveau territorial ensuite dans les deux assemblées
délibératives, le Conseil Général
de 1953 à 1956, puis l’Assemblée territoriale
de 1957 à 1985 où l’Union Calédonienne
occupe la présidence de 1953 à 1971, excepté
l’intermède de Fernand LEGRAS (1955-1956).
Le Mouvement assoit sa majorité dans l’hémicycle
calédonien grâce à des succès
électoraux incontestés entre 1957 et 1972,
date à laquelle les autonomistes deviennent minoritaires.
Les élus de l’Union Calédonienne accomplissent
également un travail politique tous azimuts, sortant
la Nouvelle-Calédonie de sa torpeur et de son immobilisme,
en préparant et en votant des délibérations
suivies d’arrêtés gubernatoriaux qui
vont modifier à tout jamais le visage de la colonie.
Si une seule expression suffit à qualifier les décisions
prises et le travail accompli se serait : le progrès
dans la modernité.
L’Union Calédonienne propose, vote,
fait appliquer ou étend parfois de nombreux textes
et mesures en matière sociale et sanitaire, d’enseignement
et de développement économique, applicables
à l’ensemble de la population calédonienne,
sans aucune discrimination.
Retenons parmi ses réalisations
:
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L’établissement d’un
système de protection sociale digne de ce nom
avec la création de la CAFAT, des allocations
familiales, des indemnités de maladie et des
retraites |
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La création des médecines du travail
et scolaire |
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La généralisation des dispensaires dans
l’intérieur et aux Iles |
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La création des postes de médecins et
dentistes contractuels itinérants |
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La création de l’aide médicale
gratuite, d’ENERCAL, de l’OCEF |
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La création et l’implantation des centres
de Formation Professionnelle et Rurale |
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L’aide à l’enseignement privé
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La création des premiers lotissements et logements
sociaux avec la possibilité d’accession
à la propriété ( LOGICOOP, MONTRAVEL,
SAINTE-MARIE) |
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L’ouverture de nouveaux centres miniers |
| * |
La construction d’infrastructures modernes (Pont
de Ponérihouen, Col des Roussettes, barrage et
usine hydroélectrique de YATE) |
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Le développement de l’apprentissage et
des bourses d’enseignement |
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La création de la station de Port LAGUERRE
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La construction de l’aéroport de la TONTOUTA
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Le développement de la desserte maritime des
Iles |
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L’extension du droit du travail métropolitain
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L’aide à la formation syndicale |
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La rédaction des premières conventions
collectives du travail dans l’industrie, Le commerce
et les mines et des mesures dans d’innombrables
autres domaines encore. |
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Durant les année de majorité de l’U.C
au sein de l’Assemblée territoriale, les élus
mélanésiens et européens du Mouvement
ont participé activement au changement d’ère
de la Nouvelle-Calédonie et de sa population, les
faisant pacifiquement évoluer d’une société
repliée sur elle-même et passéiste,
à une société moderne dans laquelle
les avancées sociales établies par les élus
du Mouvement d’Union Calédonienne et unanimement
reconnues par tous, n’ont jamais été
remises en cause.
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